TRINBOURG 1962

Le petit village de Trinbourg, dans sa version définitive, est maintenant soumis à votre regard critique et à celui des visiteurs. Il est exposé aux côtés de "la ferme de Clotaire".

FNC 5

FNC 1

FNC 2

FNC 11

FNC 6

FNC 9

FNC 14

FNC 10

FNC 16

3

4

FNC 15

4

5

FNC 17

7

3

8

FNC 3

FNC 4

11

FNC 7

12

7

14

15

6

FNC 12

16

FNC 13

Trinbourg, un dimanche ordinaire de 1962


Ce village sorti tout droit de mon imagination a sans conteste des similitudes avec celui de la Sarthe, berceau familial du côté de maman, où j’ai passé toute une partie de ma vie.
Placé en nourrice dès mes premières années pour des raisons de santé, évitant ainsi la vie turbulente de Paris où nous habitions, mes parents me confiaient tous les ans, pendant la période estivale, à un vieux couple qui accueillait également d’autres enfants. Un peu plus tard c’est chez Mamy, ma grand-tante, que je passais régulièrement toutes mes vacances. Petit parisien que j’étais, la fréquentation de la vie paysanne m’était bénéfique, me donnant l’occasion de découvrir un autre monde plus simple et plus sain que celui de la capitale.
Bien des souvenirs ici ont construit ma vie, comme des photos jaunies répertoriées dans un album de famille. Quelques scènes sont ainsi représentées dans ce diorama que vous connaissez maintenant.

Il est midi. Les cloches de l’église sonnent à toute volée et me propulsent 60 ans en arrière.

«Ça sent bon les choux à la crème. Le boulanger nous les proposait uniquement le dimanche : rendez-vous incontournable des villageois, une fois la messe dite par monsieur le curé. D’ailleurs, sur les marches de l’église, on discutait, on s’embrassait et le prêtre était immanquablement invité dans les familles pour le déjeuner. Je me rappelle l’avoir vu quelquefois chez Mamy. Le repas se terminait par une bonne partie de belote avec les voisins, invités pour le dessert.
Des « bonjour », « comment vas-tu », « et ta fille qu'est-ce qu'elle devient » ponctuaient les allées et venues sur les trottoirs. Peu de voitures à cette époque, tout le monde à pieds ; bicyclettes et vélomoteurs trahissaient les gens qui habitaient en campagne.
Les « parisiens » s'approvisionnaient en rillettes chez le boucher avec saucisson à l'ail, andouille et rillons. Ces repas du dimanche me laissaient un goût de terroir dans la bouche, en famille avec mes cousins ou entre amis.
Les commerces étaient nombreux. De mémoire je compte 5 cafés, 2 boulangers, 2 bouchers-charcutiers, 2 coiffeurs, 3 épiceries, 1 marchand de primeurs, 1 marchande de chaussures, 2 quincaillers et 2 garagistes dont un distribuant de l’essence. Quelques artisans ponctuaient la rue principale. Et nous n’étions qu’une commune de 800 âmes !!! Aujourd’hui il ne reste plus qu’une boulangerie et un café ; on fait ses courses en voiture, bien plus loin !
A ce propos pour bien se rendre compte de ce changement de situation, imaginez que mes copains et moi jouions au Jokari sur la place de l’église ! On dessinait à la craie une marelle sur cette même place, tout à côté du monument aux morts, qui fut d’ailleurs déplacé pour laisser place aux automobiles devenues trop nombreuses (sans commentaire…)
Comment ne pas se rappeler nos achats de Carambar chez l’épicier du coin chez qui par la même occasion on s’équipait en matériel de pêche avec fil, hameçons et bouchons de différentes tailles (nos cannes étaient faites avec les bambous du plan d’eau communal, en cachette évidemment). Chez une des autres épicières on achetait nos bouteilles de Pschitt citron ou orange avant de partir en balade sur nos petits vélos. Dans les meilleurs jours nous formions une bande de six ou sept gamins sans toutefois semer la terreur dans toute la région ! L’un d’eux habitait une ferme, alors on allait construire nos cabanes dans les arbres au bord des champs. On fréquentait quelquefois la mare aux grenouilles quand les vaches n’y étaient pas. Il fallait seulement un bout de chiffon rouge avec ou sans hameçon. Chez un autre (clin d’oeil à Daniel), le propriétaire des lieux entreposait tous ses ballots de paille dans une grange : le pauvre, il n’appréciait guère que l’on fasse des châteaux-forts avec ceux-ci !
J’avais par ailleurs sympathisé avec le vieux garagiste, un russe qui s’était enfui de son pays avec sa femme. Il me réparait mon vélo et plus tard je lui prenais de la Solexine pour mon VéloSolex, un 2200 «d’occase» que papa m’avait offert pour mon «certif». Nos promenades pouvaient ainsi prendre de la distance.

Tous les jours de la semaine, quand sonnaient les six heures du soir, les trottoirs se peuplaient des gens du village avec à la main leur pot au lait. La ferme de Germaine se situait dans le bas du bourg. On faisait la queue pour repartir avec notre litre de lait encore tiède, notre bol de crème fraîche ou notre fromage blanc qui continuait à s’égoutter dans la faisselle. C’est chez elle, en attendant notre tour, qu’on apprenait qu’untel était entré à l’hôpital, que la fille de madame Machin était partie sur Paris. Les infos circulaient très vite avec parfois une petite pointe de méchanceté : c’était à charge de revanche ! Pour les annonces officielles le «tambour» de la commune s’arrêtait tous les cent mètres en nous lançant son «avisse à la population». Courses de vélo, coupure d’électricité, passage du facteur pour les calendriers, ramassage des ordures : tout le monde dehors. On l’écoutait attentivement, on n’avait pas à y revenir. Au besoin on transmettait les consignes au voisin absent : quelle communication, quelle organisation ! Tout fonctionnait comme les rouages d’une horloge. La vie du petit village s’écoulait comme un long fleuve tranquille et tout le monde y trouvait son compte».


Nous gamins, ça nous paraissait si simple…Et puis voilà nous avons grandi, le bourg aussi, et il lui a fallu assumer, voire affronter, tous ces changements de mentalité sans pour autant les maîtriser. Hélas, trois fois hélas.
Nos parents, épaulés par les enseignants, nous inculquaient un savoir-vivre qui allait nous aider à vivre ensemble en bonne intelligence, dans le respect des règlements, des lois et de l’autorité, le respect de son voisin, celui de l’étranger, celui de l’inconnu. Nous apprenions par la même occasion à être dociles sans pour autant être privés de liberté. Tout n’était pas parfait bien sûr mais on sentait bien que chacun y mettait du sien et nous étions encouragés par ces attitudes maintes fois répétées. L’éducation, par le fait, ne devenait pas une contrainte mais une habitude. Bien des années après j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’apprécier celle que m’avait donnée mes parents, m’ouvrant des portes dans bien des situations.

Voilà ce que m’inspire ce petit module et je suis bien persuadé que, grâce à cela, sur les expos, nous continuerons à refaire le monde avec des visiteurs aux cheveux blancs comme nous le faisions Eliane et moi autour de Trinville, les années passées.

trait blanc

trait blanc

Ci-dessous, à travers l'objectif d'un ami

20221024_204352

20221024_203728 copie

20221024_203854

20221024_203745

20221024_203908

20221024_203840