Billet s'il vous plaît !

Un texte sera publié dans cette rubrique. Il sera automatiquement remplacé par un autre. Je ferai en sorte qu'il reste suffisamment longtemps pour que vous puissiez en prendre connaissance.

Les anciens billets basculeront de temps en temps dans la rubrique "usagés"

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LE GRAND-PÈRE et sa petite-fille

Quoi de plus naturel qu'un grand-père transmette à sa petite-fille l'amour et la passion du train quand lui-même, dès sa petite enfance, fut élevé dans cet attachement pour le chemin de fer.

Je n'avais pas encore 4 ans qu'à Noël (photo) j'héritais du train à l'échelle O de mon grand-cousin Jean. Deux ans plus tard j'avais au pied du sapin la CC 7107 Gérard-TAB toute neuve dans sa belle boîte en carton rouge que m'avait déposé Papa-Noël.

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Rien de surprenant à ce que Léa, ma petite-fille de 3 ans passés, me demande de lui montrer les vidéos de mes trains traversant le paysage de TRINVILLE ; « encore, encore » dit-elle n'ayant pas l'air de s'en lasser. La voilà déjà happée par la même fascination que ses aïeuls. Elle a d'ailleurs eu le privilège de voir se construire pierre par pierre, si je puis dire, le diorama TRINBOURG. Les petits pots de peinture aux côtés des pinceaux et des maisons en construction ont pu lui permettre, par exemple, d'approfondir l'apprentissage des couleurs. C'était devenu presque un rite ; à chaque fois qu'elle venait à la maison elle montait à l'étage pour voir où en étaient les travaux. On regardait les vaches, les voitures, les personnages et on inventait une histoire dans les rues de Trinbourg encore en construction.

Un après-midi, sous un beau soleil automnal, après avoir pris connaissance des horaires, nous sommes allés attendre le train à la gare d'Abbaretz, notre nouveau village d'adoption du nord de la Loire-Atlantique à 99% breton.

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Arrivés avec un quart d'heure d'avance nous avons eu le temps de présenter à Léa le quai de la gare, les rails, l'alimentation électrique et le distributeur de billets. Mais avant cela nous sommes allés voir de l'autre côté du parking l'ancien hôtel de la gare devenu trompe-l'œil dans sa totalité. Le porche nous réservait une belle surprise bien que ce fut difficile pour notre petite-fille d'imaginer que de telles machines aient pu exister.

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L'heure approchait et il ne fallait pas rater l'arrivée du train au loin.

C'est le tram-train qui vient de Nantes jusqu'à son terminus : Châteaubriant.

Ainsi nous courons vite rejoindre le quai comme de vrais voyageurs pressés.

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Le voilà, il arrive !!! On recule un peu. Léa est impressionnée par cette machine silencieuse et puissante. On en profite pour faire un petit bonjour à la conductrice qui nous répond gentiment.

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Le train s'immobilise et on regarde les voyageurs s'engouffrer dans les voitures. Et là nous avons été témoins d'une scène que je n'aurais jamais pu imaginer auparavant : un homme d'une trentaine d'années sort du train comme un diable de sa boîte perché sur son vélo appuyant fermement sur les pédales, à croire qu'il venait ainsi du fond du couloir. Comme le train est à hauteur du quai il lui était facile d'entamer sa course, sans se soucier pour autant si le quai était encombré de voyageurs. Nous, en l'occurrence. Nous avons sursauté, étonnés de voir sortir ce bolide à deux roues. Lui, de son côté, a esquivé adroitement notre présence : il aurait peut-être fallu l'en remercier ! Jusqu'à présent je pensais que tout être civilisé sortait d'un wagon son vélo à la main. Mais non, les barrières sont franchies : plus de garde-fous, plus de règles, plus de bienséance.

Le train repart. Léa fait signe aux inconnus derrière les vitres. C'est alors qu'une dame d'un certain âge répond à son salut, chassant d'un coup les vilaines images précédentes : il restait encore un semblant d'humanité dans ce train qui s'éloignait (bouffée d'oxygène).

Alors j'ai pensé subitement à ces trains du bonheur, c'est ainsi que je les appelle, ceux que j'ai connus dans les grandes gares parisiennes, ceux des années 50 et 60, au début de l'été, l'école étant tout juste finie.

C'était le départ pour les colonies de vacances. Des grappes de gamins se penchaient aux fenêtres. Parce qu'on pouvait les ouvrir à cette époque.

Une effervescence non contrôlée régnait sur le quai comme dans le train.

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Les départs étaient ponctués de rires et de pleurs, des deux côtés de la vitre d'ailleurs. Nos parents laissaient leurs petits chérubins partir parfois très loin de leurs foyers et des jupes de leurs mamans. Mais toute la magie de la colo opérait, soutenue par les moniteurs et les encadrants.

Maintenant un train qui part me paraît bien triste, sans un adieu, sans un cri, sans un geste. La froideur de nos nouveaux trains ne feront jamais oublier ces trains du bonheur que, malheureusement, je ne pourrai jamais faire découvrir à ma petite-fille.

Cet automatisme qui nous entoure et qui nous gère me fait peur.

Un manque de mansuétude s'installe : la jeunesse actuelle s'en inquiète-t-elle ?

Nb. photos anciennes empruntées sur internet. Que les auteurs me le pardonnent. Je les en remercie.