Le train s'immobilise et on regarde les voyageurs s'engouffrer dans les voitures. Et là nous avons été témoins d'une scène que je n'aurais jamais pu imaginer auparavant : un homme d'une trentaine d'années sort du train comme un diable de sa boîte perché sur son vélo appuyant fermement sur les pédales, à croire qu'il venait ainsi du fond du couloir. Comme le train est à hauteur du quai il lui était facile d'entamer sa course, sans se soucier pour autant si le quai était encombré de voyageurs. Nous, en l'occurrence. Nous avons sursauté, étonnés de voir sortir ce bolide à deux roues. Lui, de son côté, a esquivé adroitement notre présence : il aurait peut-être fallu l'en remercier ! Jusqu'à présent je pensais que tout être civilisé sortait d'un wagon son vélo à la main. Mais non, les barrières sont franchies : plus de garde-fous, plus de règles, plus de bienséance.
Le train repart. Léa fait signe aux inconnus derrière les vitres. C'est alors qu'une dame d'un certain âge répond à son salut, chassant d'un coup les vilaines images précédentes : il restait encore un semblant d'humanité dans ce train qui s'éloignait (bouffée d'oxygène).
Alors j'ai pensé subitement à ces trains du bonheur, c'est ainsi que je les appelle, ceux que j'ai connus dans les grandes gares parisiennes, ceux des années 50 et 60, au début de l'été, l'école étant tout juste finie.
C'était le départ pour les colonies de vacances. Des grappes de gamins se penchaient aux fenêtres. Parce qu'on pouvait les ouvrir à cette époque.
Une effervescence non contrôlée régnait sur le quai comme dans le train.